Burzum-1BURZUM "Filosofem" (1996)
Style : Black Metal à deuxième face réinscriptible
Nationalité : Norvège

Alors, le Metal, de droite où de gauche ? Bien malin celui qui saura répondre à cette question. Est-ce que c'est important après tout ? Pas du tout, c'est pour ça qu'on va en parler. Si je donne un rapide coup d'oeil à ma collec de CD (immense comme chacun le sait, une fois j'y ai même retrouvé un couple de cerfs perdus qui se sont enfuis dès que je les ai vu, je crois qu'une faune se développe dans ma discothèque), je dirais que c'est un tout petit peu plus de gauche que de droite, mais c'est pas flagrant flagrant. Bien sûr, si t'écoutes que du Black, ton avis sur la chose risque d'être différent. En effet, être de droite semble être un pré-requis pour jouer du Black Metal, ou même pour l'apprécier (comme être homosexuel d'ailleurs). C'est sûr que quand tu hurles dans un micro que tu voudrais voir la terre entière à feu et à sang et que l'homme est un cancer pour cette planète (ahah), ça fait un peu tâche de bosser à la C.A.F. ou de donner aux restos du coeur. Les Blackeux, c'est comme ça, c'est pas des drôles. C'est pour ça que nous, les vrais métalleux - qui écoutons tous les styles de Metal - on les laisse faire un peu ce qu'ils veulent dans leur coin, comme par exemple se maquiller ou se tuer entre eux. Personnellement, j'ai pas de souci avec les goûts ou l'orientation politique des gens : de droite ou de gauche, l'important c'est qu'on m'emmerde pas. Si tu veux tout savoir (j'en sais rien mais j'imagine que oui, le suspense doit être insoutenable), le gars peut être à l'extrême opposé de ce que je suis, être un gros con raciste (et c'est le cas de Varg Vikernes), rien à foutre. Comme je suis contre la peine de mort pour celui qui a tué, je suis pour la tolérance même envers les intolérants, ne serait-ce que pour donner l'exemple. L'avantage, c'est que du coup j'suis perché, personne peut me toucher et j'peux écouter BURZUM peinard sans développer un cancer de l'anus à force de réfléchir à des tas de cas de conscience super chiants. Tant mieux, parce que cette philosophie m'a permis de découvrir des albums comme "Det Som Engang Var", un album emblématique et singulier, indispensable pour celui qui souhaiterait connaître par coeur l'histoire du Metal. Faut dire que la musique de Varg a toujours juré un peu avec le paysage musical norvégien de l'époque, et les choses ont continué de se gâter avec ce "Filosofem". Il y a quasiment autant de riffs que de titres sur ce disque : c'est sympa, tu peux apprendre toutes les chansons de BURZUM à la gratte en 30 minutes. Trames musicales simples et répétées jusqu'à l'usure, rythmes hypnotiques et souvent lents (si l'on excepte "Jesus Tod", à la double pédale constante et plus que bienvenue), tout ça fait un peu tâche dans un monde ou aller très vite et dans tous les sens est une "Way of Life". S'il y a en revanche une facette de l'album qui ne contredira pas les lois immuables de l'art noir, c'est bien le son, du moins en apparence. Guitares ultrasaturées et voix méconnaissable, on pourrait ré-encoder "Filosofem" avec la bande passante d'un téléphone que le résultat serait le même. Tout ça a le goût de l'underground bien cracra et rassure vite le fan de Black, souvent peu enclin au changement. Pourtant, les choses ont évolué depuis "Det Som Engang Var" et "Hvis Lyset Tar Oss". Le son n'est plus brut ni dépouillé, il est maintenant trafiqué à l'extrême et dénaturé avec beaucoup de soin. Il ne reste plus grand chose de l'organe si terrifiant et si cru de Varg. Seuls subsistent des rugissements corrompus, altérés, et la peur qu'inspiraient ses hurlements a disparu. Je sais, je chipote. Ce manque d'humanité supplémentaire chez un groupe n'inspirant déjà pas l'amour et la fraternité entre les peuples ne gâche pas trop la fête. Les trois premiers titres s'en sortent très bien dans le genre "Black Ambiant", avec bien sûr l'inénarrable "Dunkelheit" en tête de peloton, talonné de près par les... pardon, le riff jouissif de "Jesus Tod". Quand on sait que "Dunkelheit" est un des premiers morceaux composés par Vikernes, on hallucine un peu sur la similitude entre ce titre et l'évolution future de la musique de BURZUM ! Comme pour MANOWAR (attends, attends, y'a un lien, tu vas voir), la magie opère très vite. Tout occupé qu'on est à dandiner de la tête en se laissant bercer par des riffs de trois notes répétés en boucle, on se demande comment autant de fureur et de talent peut se dégager de si peu. Et puis... les choses changent quand arrive le grand moment du disque, ou plutôt le LONG moment devrais-je dire, "Rundgang Um Die Transzendentale Säule Der Singularität". Varg a semble t-il fait une subite crise de narcolepsie pile au début d'une interlude musicale qui n'aurait dû durer que... arf, deux minutes grand max ? Généralement, il fatigue et s'arrête de lui même passé les huit minutes, mais là, pas de bol, il en a apparemment décidé autrement et pour notre plus grand bonheur. Félicitations, faut dire que c'est une performance de jouer ça sans taper une dépression nerveuse avant la fin. Je vous livre mes impressions "en direct live", vous aurez de toute façon les mêmes réactions en l'écoutant :
2 minutes : OK c'est sympa, mais ça pète quand au juste ?
5 minutes : Bien... bien bien bien... voilà voilà...
8 minutes : Euh mais c'est toujours la même chose en fait, ou ça change à un moment ?
11 minutes et 24 secondes : Enfin, LE bouleversement tant attendu ! Non, je rigole en fait, c'est toujours la même chose. Déçu hein ?
14 minutes : Hmmm, hého ? Y'a quelqu'un ?
18 minutes : Tou dou dou... tou dou dou...
21 minutes : "...et alors là, je lui ai dit "c'est comme ton cul !" et on était tous pliés de rire ! Ah mais non mais tu penses bien que... euh, attend une seconde s'il te plait, je te reprends après" Oui, c'est pour quoi ? Le morceau ? Quel morcAH LE MORCEAU ! Oui, oui oui, de BURZUM c'est ça ? Ah mais il tourne, il tourne, écoute !
25 minutes et 11 secondes : Tiens, c'est fini ? Ça s'est arrété ? Pourquoi ?
Pourquoi ? J'veux dire, sur la partoche était très exactement indiqué "Play 302 times" ? (j'ai pas compté hein, c'est une estimation à la calculatrice) Pourquoi pas faire durer ça 40 minutes alors, ou 3 jours tant qu'on y est ? POURQUOI 25 PUTAIN DE MINUTES SI IL SE PASSE DE TOUTE FACON RIEN DU TOUT DE PEAU DE ZOB APRES 30 SECONDES ?!?!?! N'importe qui qui oserait faire ça se ferait jeter des pierres à la gueule. Mais nan, c'est BURZUM vois-tu, donc ça passe. J'applaudis des deux mains les centaines d'utilisateurs de youtube qui pensent sincèrement avoir affaire là au meilleur album Black de tous les temps quand la moitié de la galette est remplie de vent. Une moitié de disque qui ne sert à rien, c'est un beau gâchis quand on voit la qualité développée sur les premiers titres. Que dire de plus ? Varg touche autant au génie qu'il peut se foutre de notre gueule. L'amateur de BURZUM, une fois la première face de "Filosofem" écoutée (Gebrechlichkeit I & II ne valent pas tripette non plus), trouvera plus facilement de quoi rassasier sa soif de Black haineux et atmosphérique avec les précédents opus du groupe.

LINE UP :

Varg Vikernes : Tous les instruments, Chant

TRACKLISTING :

1. Dunkelheit
2. Jesus Tod
3. Erblicket Die Töchter Des Firmaments
4. Gebrechlichkeit I
5. Rundgang Um Die Transzendentale Säule Der Singularität
6. Gebrechlichkeit II