cradleoffilth-1CRADLE OF FILTH "Dusk... And Her Embrace" (1996)
Style : Black Metal vendeur BOUUUUUUUUH
Nationalité: U.K.

A l'heure où les jeunes ne connaissent CRADLE OF FILTH que par des prestations scéniques inaudibles (une fois j'ai mis une minute trente pour reconnaitre mon morceau préféré - véridique - j'ai tenté de mettre fin à mes jours juste après) ou par le chiant comme la mort "Darkly, Darkly Venus Aversa", je pense qu'il est grand temps de remettre les pendules sur les i. Oui, toi, le jeune foufou qui pense que "Midian" est le meilleur album du groupe, c'est à toi que je parle. Toi, l'espèce d'enc...
Soudain, sur mon épaule, un petit ange apparait, entouré d'un halo de lumière, en tout point semblable à votre serviteur avec des cheveux longs, un t-shirt STRYPER et l'absence évidente d'une ceinture abdominale solide :
- "Larsen, calme toi... souviens toi de ta chronique de DEATH, c'est pas en menaçant les gens qu'ils vont avoir envie d'écouter "Dusk", il faut que tu ruses !"
De l'autre coté, c'est au tour d'un petit démon de débouler dans un nuage de fumée noire, cannette de Belzebuth 13° à la main, en string MANOWAR et avec encore et toujours la même tronche familière...
- "Tu les emmerdes ! Ils ont qu'à écouter de la bonne zik, t'es pas là pour faire la charité !"
L'ange, de nouveau :
- "Souviens toi, tout le monde avait dit : "Oui euh (Vous aviez remarqué ? Quand on cite quelqu'un, ça rate jamais, immanquablement on commence par un "Oui euh"), tu décris pas assez la musique, tu fais qu'affirmer sans argumenter, t'es un enfoiré blabla"... tu veux que ça recommence ?"
Le divin et le malin disparaissent, me laissant seul avec ma rage contenue. Oui euh, bon. C'est pas simple de parler de ses albums préférés. Comment je peux expliquer les frissons qui me parcourent le corps à l'écoute de certains albums ? En 1996, j'avais 13 ans au compteur (y'a d'ailleurs encore les marques des sangles de mon cartable sur mon t-shirt du groupe) et CRADLE c'était la musique que je voulais entendre avant même de savoir que ça existait. J'ai tellement écouté "Dusk... And Her Embrace" que l'on jurerait que j'ai utilisé le CD pour caler une armoire ou pour ramasser du gravier. J'avais même un "classeur COF" où je rangeais des brochures découpées dans les magazines, la honte. Qu'on le veuille ou non, la sortie de ce troisième album (si l'on compte "Vempire..." qui est un EP) a été vécue comme un véritable raz-de-marée au sein de la sphère Metal. On peut le dire : quand les anglais ont débarqué, ça a saigné. Esthétique soignée, look de vampires et mélodies étudiées, le Metal extrême à la Dani's touch avait de quoi surprendre, intéresser et... plaire. Plaire ! Ô mon dieu ce qu'il ne fallait pas faire pour déclencher la fureur de tous les trous beumeux de la galaxie ! Euronymous se retourna dans sa tombe, EMPEROR vit ses ventes de Merch' baisser au profit des suceurs de sang peinturlurés et les mecs d'ENTHRONED tentèrent tant bien que mal de justifier leurs ventes moins reluisantes en expliquant que le Black Metal c'était pas fait pour draguer les meufs sur des claviers et qu'ils préféraient les sodomiser en écoutant VENOM. Si CRADLE OF FILTH a permis à toute une scène de pouvoir prétendre à une relative reconnaissance commerciale, c'est grâce à un subtil dosage plutôt qu'à un gros coup de chatte. Mélangez un Black symphonique entrainant, avec des mélodies et des lignes de gratte piquées au Heavy d'IRON MAIDEN, histoire de donner à la base musicale un lyrisme captivant ; construisez vos morceaux comme des contes tordus où le petit poucet ne sort jamais de la forêt, où Gretel affamée fini par becqueter les restes de son frère dans l'assiette de la sorcière et où le petit chaperon rouge est finalement retrouvée violée à mort, des touffes de poil de loup plein les orifices, pour insuffler terreur et émerveillement à chaque seconde ; instaurez un climat cauchemardesque (ou grandguignolesque, ça dépend des dispositions) avec la compilation "500 bruitages rigolos : prouts, klaxons et rots" dispo sur le site de Patrick Sébastien, en foutant tous les sons d'animaux nocturnes possibles ; faites péter la chanteuse gothique de rigueur, un peu MAIS PAS TROP - c'est important - que ça fasse sexy mais pas mielleux (des apparitions à des moments clés donneront à vos compositions un impact supplémentaire et nourriront l'imaginaire) ; enfin, des excursions Thrash fulgurantes et des parties de blast beat à changer le lait de tes céréales en beurre rappeleront à tout le monde que même si tu joues du clavecin, tu fais pas dans la musique de chambre. Avec tous ces éléments réunis, c'est logiquement que vous obtiendrez une des pierres angulaires d'un style qui n'attendait que ça pour exploser. Petit détail qui a son importance, les anglais avaient également un sens aigu du visuel : l'utilisation d'un artwork très travaillé et collant parfaitement à la musique (sans précédent dans le monde de l'extrême) a sûrement aidé la bande à se faire une petite place au soleil et dans le coeur des métalleux. Attention, un bon concept ne fait pas tout, c'est aussi grâce à ses musicos que le berceau de l'immondice a su percer la couche solide de la fange Black comme un coup de cuillère sur une crême brulée. Impossible de ne pas évoquer Dani Filth, ce nain braillard qui, selon les goûts, exaspère ou obnubile mais ne laisse sûrement pas indifférent, ainsi que Nicholas Barker, massacreur de fûts qui lui, en revanche, met tout le monde d'accord dès le premier roulement de toms (on m'a dit une fois que Dani n'avait pas une si grande tessiture que ça et utilisait un octaver pour aller dans les graves mais j'en sais pas plus parce que j'ai préféré me boucher les oreilles et crier très fort). Pour résumer cette chronique déjà trop longue comme ma bite, il se dégage de "Dusk... And Her Embrace" une atmosphère fantasmagorique, si délicieusement nécromantique, qu'on en devient très vite accro. Voilà un disque qui a réussi à faire basculer pas mal de hardos du coté sombre de la musique par sa beauté attrayante comme le chant des sirènes mais dont la production sent encore assez le souffre pour attirer également les plus intégristes d'entre vous. Allez, tous avec moi : Supreme... Vampiric... Evil !


Album coup de coeur !

LINE UP :

Nicholas Barker : Batterie
Damien Gregori : Claviers
Robin Graves : Basse
Gian Pyres : Guitare
Stuart Anstis : Guitare
Dani Filth : Chant

TRACKLISTING :

1. Humana Inspired To Nightmare
2. Heaven Torn Asunder
3. Funeral In Carpathia
4. A Gothic Romance (Red Roses For The Devil's Whore)
5. Malice Through The Looking Glass
6. Dusk And Her Embrace
7. The Graveyard By Moonlight
8. Beauty Slept In Sodom
9. Haunted Shores