napalmdeath_1NAPALM DEATH "Harmony Corruption" (1990)
Style : Death Metal infrasonique
Nationalité : U.K.

"If you don't have got Napalm Death's Harmony Corruption, be on your way !" (*) (**) Voilà ce que j'ai pu lire il y a bien longtemps sur un de ces obscurs catalogues underground de VPC dont le nom m'échappe. Quand tu es gamin et que tu découvres les joies du Metal extrême, l'avertissement fait réfléchir : d'où peut bien venir cette aura qui entoure le disque depuis sa sortie en 1990 ?

Il y a plusieurs raisons pour lesquelles Napalm Death est si connu aujourd'hui. Bien sûr, on invente pas un style musical sans se faire un tantinet remarquer, mais ce serait réducteur de cantonner nos joyeux drilles au statut de "père du Grindcore", tant des albums de la trempe de ce « Harmony Corruption » ont grandement contribué à faire de Napalm Death le groupe le plus effrayant d'Angleterre. Le facteur décisif ? Une capacité d’évolution désarmante, qui permet à nos compères de passer d’un Grind Noise complètement allumé à un Death Metal dans la plus pure tradition floridienne. Ajoutez à ça un patronyme rigolo, des paroles pas piquées des hannetons et une attitude furieusement Punk et vous obtenez le parfait défouloir de masse à la discographie féconde que nous connaissons.

Dès l'ouverture et l'ultra efficace "Vision Conquest", le constat est flagrant : les p'tits grindeux de Birmingham, sous prétexte d'une petite balade vers de nouvelles contrées musicales, nous ont ramené en guise de souvenir de vacances un des albums de Death les plus impitoyables de tous les temps, rien que ça ! Le son, tout d’abord, te prend à la gorge : sourd, glauque à souhait, un son qui n'inspirerait pas confiance à écouter sur son Ipod© dans une ruelle sombre... Pas de doute, c’est signé Scott Burns, mais un Scott Burns apparemment très énervé (ou blagueur) : les aigus sont purement et simplement bannis du mixage final ! C’est donc dans cette purée sub-sonore que le groupe va nous servir des hits, à la chaîne, sans aucun temps mort. Et la maîtrise est au rendez-vous : les riffs sont concis, carrés, incroyablement variés comparés aux débuts du groupe… Elle est maintenant loin l’époque de « Scum » ! C'est à peine le premier coup de semonce tiré que l'on se prend la seconde salve en pleine face sans avoir eu le temps de se mettre à terre. La voix de Barney, linéaire au possible et grogné à la manière d’un animal, est tout simplement cauchemardesque. A vrai dire, ce mec a sûrement dû se faire emmuré vivant avec son micro après une lobotomie à la perceuse rouillée pour hurler de cette façon ! Et en ce qui concerne les paroles, on sent bien qu’on n’est pas vraiment chez Voulzy. Ici, les îles paradisiaques le sont surtout fiscalement, le soleil ne donne que des cancers et la grenadine a un léger goût de pétrole…

Si le disque est très souvent parcouru de passages mid-tempo, judicieusement placés pour renforcer la violence générale de l’album, vous ne trouverez qu’un seul véritable moment de répit, sur « The Chains That Bind Us ». Durée de la pause : trente secondes ! Ceux qui espéraient pouvoir aller pisser tranquilos risquent d’être déçus, un entracte n’est apparemment pas prévu au programme. Tout ici a été misé sur l’efficacité, au risque de dérouter sûrement les aficionados du Death old school et les fans de la scène de Tampa, habitués à ces mélodies morbides et ultra lentes qui, disséminées ça et là, faisaient tout le charme du style sans pour autant taper dans le Hard F.M. pour midinettes. Le calme avant la tempête en quelque sorte… Même les rares soli présents (Sur « Circle of Hypocrisy » et « Malicious Intent » entre autres) sont étonnamment courts, comme si le groupe ne voulait pas perdre de temps en fioritures, inutiles au concept « Tout dans ta face » de l’album. En ce sens, Napalm Death est un excellent élève du Metal de la mort, mais manque peut être de cette « finesse » que possédaient ses professeurs. Un son capable de rameuter les éléphants, une bien curieuse maladie qui empêche nos amis de jouer en dessous des 180 BPM, les guest-stars made in Tampa de rigueur sur « Unfit Earth » (Glen Benton et John Tardy, s’il vous plait), Bref tout est réuni pour faire un album typique de Death Metal 100% pur jus, mais l’on sent bien que les anglais se cherchent encore et que tout n’a pas été dit.

Difficile alors d’élever tel ou tel morceau au statut « d’hymne », tant « Harmony Corruption » est une œuvre compacte. En ce sens, un morceau comme « Suffer the Children » et son potentiel destructeur impressionnant est plus un parfait résumé de l’album qu’un véritable tube. Mais si cette galette à part fait figure de transition entre le passé Grind du groupe et la révélation de leur style avec le fantastique « Utopia Banished » sorti deux ans plus tard, Napalm Death reste très Grind, et nous le rappelle sans cesse. Que ce soit dans les riffs, dans les paroles ou au détour d’un simple break, il est hors de question de renier le passé, et leurs amours de jeunesse reviennent sans cesse à la charge comme un fil conducteur présent tout au long de l’album.

Si vous êtes du genre pointilleux sur le mixage et que l’ultra violence vous enquiquine, ce disque ne risque pas de devenir votre album de chevet... Mais si au contraire vous êtes amateur du son Morrisound et des productions qui sentent bon le grenier de chez mémé, jetez vous sans attendre sur cette violente leçon de Death sauce Napalm !

(*) Traduction Google : « Si vous n'avez pas de Corruption d'Harmonie de Mort de Napalm, être sur votre voie ! »
(**) Après vérification c'était même pas ça. Je sais plus.

LINE UP :

Mark "Barney" Greenway : Chant
Jesse Pintado : Guitare
Mitch Harris : Guitare
Shane Embury : Basse
Mick Harris : Batterie

TRACKLISTING :

1. Vision Conquest
2. If The Truth Be Known
3. Inner Incineration
4. Malicious Intent
5. Unfit Earth
6. Circle Of Hypocrisy
7. The Chains That Bind Us
8. Mind Snare
9. Extremity Retained
10. Suffer The Children
11. Hiding Behind